Le Premier ministre algĂ©rien, Sifi Ghrieb, est annoncĂ© Ă  Bamako le lundi 14 septembre 2026. Deux mois aprĂšs le rĂ©tablissement des relations diplomatiques entre le Mali et l’AlgĂ©rie, cette visite de haut niveau constituerait une Ă©tape majeure dans le rapprochement entre deux voisins longtemps opposĂ©s par de profonds diffĂ©rends sĂ©curitaires et politiques.

L’annonce est hautement symbolique. Il y a encore quelques mois, les relations entre Bamako et Alger semblaient avoir atteint un point de non-retour. Aujourd’hui, les deux capitales paraissent privilĂ©gier le dialogue et leurs intĂ©rĂȘts stratĂ©giques communs.

La venue annoncĂ©e Ă  Bamako du Premier ministre algĂ©rien, Sifi Ghrieb, ne serait donc pas une simple visite de courtoisie. Elle pourrait marquer le passage d’une normalisation diplomatique prudente Ă  une vĂ©ritable reprise de la coopĂ©ration politique et sĂ©curitaire.

Une crise diplomatique particuliĂšrement profonde

La dĂ©tĂ©rioration des relations entre les deux pays ne date pas de l’incident du drone malien. Elle s’est accĂ©lĂ©rĂ©e aprĂšs la dĂ©cision du Mali, en janvier 2024, de mettre fin Ă  l’Accord pour la paix et la rĂ©conciliation issu du processus d’Alger.

Bamako reprochait notamment Ă  l’AlgĂ©rie une ingĂ©rence dans ses affaires intĂ©rieures et des relations jugĂ©es trop Ă©troites avec certains mouvements armĂ©s du nord du Mali. Alger, qui avait jouĂ© un rĂŽle central dans la mĂ©diation de 2015, contestait fermement ces accusations et dĂ©fendait une solution politique Ă  la crise malienne.

La tension a franchi un nouveau seuil dans la nuit du 31 mars au 1er avril 2025, lorsque l’armĂ©e algĂ©rienne a abattu un drone militaire malien prĂšs de la frontiĂšre. Alger affirmait que l’appareil avait pĂ©nĂ©trĂ© son espace aĂ©rien, tandis que Bamako soutenait qu’il se trouvait en territoire malien.

Le Mali, le Burkina Faso et le Niger avaient alors rappelĂ© leurs ambassadeurs d’Alger au nom de la solidaritĂ© au sein de l’Alliance des États du Sahel. L’AlgĂ©rie avait rĂ©pondu par des mesures similaires, tandis que les espaces aĂ©riens entre Alger et Bamako avaient Ă©tĂ© fermĂ©s.

Un retournement spectaculaire, mais surtout pragmatique

Le 10 juillet 2026, le Mali et l’AlgĂ©rie ont annoncĂ© le retour de leurs ambassadeurs et la rĂ©ouverture de leurs espaces aĂ©riens. Cette dĂ©cision a officiellement mis fin Ă  plus d’une annĂ©e de rupture diplomatique. Associated Pressâ ïżŒ

La visite annoncée de Sifi Ghrieb, seulement deux mois aprÚs cette reprise, montrerait que les deux gouvernements souhaitent désormais accélérer le rapprochement.

Ce retournement ne signifie cependant pas que tous les diffĂ©rends ont disparu. Il traduit avant tout une rĂ©alitĂ© gĂ©opolitique : le Mali et l’AlgĂ©rie ne peuvent durablement s’ignorer.

Les deux pays partagent une longue frontiĂšre saharienne difficile Ă  surveiller, traversĂ©e par des rĂ©seaux armĂ©s, des trafics et des routes migratoires. L’insĂ©curitĂ© dans le nord du Mali reprĂ©sente une menace directe pour le sud algĂ©rien. De son cĂŽtĂ©, Bamako a besoin d’une frontiĂšre septentrionale stable pour poursuivre ses opĂ©rations militaires et empĂȘcher les groupes armĂ©s de bĂ©nĂ©ficier de zones de repli.

La lutte contre le terrorisme au centre des enjeux

La coopĂ©ration sĂ©curitaire pourrait constituer le principal dossier de cette visite. Le Mali et l’AlgĂ©rie disposent de renseignements, d’expĂ©riences et de capacitĂ©s militaires complĂ©mentaires.

Un rapprochement pourrait permettre :

* une meilleure surveillance de la frontiĂšre commune ;

* le partage de renseignements sur les mouvements terroristes ;

* la lutte contre les trafics d’armes, de carburant et de drogue ;

* la sécurisation des populations et des échanges transfrontaliers ;

* la mise en place de mécanismes destinés à éviter un nouvel incident militaire.

Mais cette coopération nécessitera de rétablir une véritable confiance. Bamako et Alger doivent notamment clarifier leur perception des mouvements armés présents dans le nord du Mali. Le risque demeure que certains acteurs considérés comme des interlocuteurs politiques par Alger soient qualifiés de terroristes ou de séparatistes par les autorités maliennes.

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Un possible apaisement entre l’AlgĂ©rie et l’AES

Ce rapprochement dĂ©passe les seules relations entre Bamako et Alger. La crise du drone avait provoquĂ© une confrontation diplomatique entre l’AlgĂ©rie et les trois pays de l’AES.

En renouant avec le Mali, Alger envoie indirectement un signal au Burkina Faso et au Niger. Une normalisation durable pourrait ouvrir la voie Ă  un dialogue plus large entre l’AlgĂ©rie et la ConfĂ©dĂ©ration des États du Sahel.

Pour l’AES, la coopĂ©ration avec l’AlgĂ©rie pourrait renforcer la sĂ©curisation de son flanc nord et diversifier ses partenariats. Pour Alger, il s’agit aussi de prĂ©server son influence au Sahel, dans un contexte marquĂ© par le recul occidental, le renforcement de la Russie et la montĂ©e en puissance de nouvelles alliances rĂ©gionales.

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Une nouvelle dynamique Ă  confirmer

La visite annoncée de Sifi Ghrieb à Bamako pourrait donc constituer un tournant historique. Elle montrerait que, malgré les accusations et les incidents récents, la géographie et les impératifs sécuritaires finissent par imposer le dialogue.

Cependant, il serait prĂ©maturĂ© de parler de rĂ©conciliation complĂšte. Le vĂ©ritable test rĂ©sidera dans les engagements concrets qui pourraient ĂȘtre annoncĂ©s : coopĂ©ration militaire, partage de renseignements, rĂ©ouverture des Ă©changes Ă©conomiques, gestion concertĂ©e de la frontiĂšre ou crĂ©ation d’un mĂ©canisme permanent de dialogue.

AprĂšs le temps du bras de fer, Bamako et Alger semblent choisir celui du pragmatisme. Si cette dynamique se confirme, elle pourrait contribuer non seulement Ă  l’apaisement entre les deux pays, mais Ă©galement Ă  une nouvelle architecture sĂ©curitaire entre l’AlgĂ©rie et l’AES.