Les événements des 28 et 29 août 2026 à Niamey pourraient avoir été bien plus qu'une simple mutinerie interne.

Après les affrontements autour de la Base aérienne 101 et d'autres points stratégiques de la capitale, le témoignage du capitaine Roger Gabriel, commandant de compagnie au 1er Bataillon parachutiste, apporte une nouvelle dimension à cette affaire.

Son récit ne constitue pas, à lui seul, la preuve définitive d'un complot international. Mais les communications et sollicitations qu'il affirme avoir reçues méritent d'être examinées attentivement.

Une première bataille : obtenir le ralliement d'autres unités

Selon Roger Gabriel, plusieurs officiers du BSR-COS engagés autour de la Base 101 auraient demandé à son unité de venir les renforcer.

C'est un élément essentiel.

Une tentative de coup d'État ne dépend pas seulement de la capacité à occuper un palais, une télévision ou une base militaire. Son succès dépend également de la rapidité avec laquelle ses auteurs parviennent à obtenir le ralliement — ou au minimum la neutralité — d'autres unités de l'armée.

Roger Gabriel affirme avoir refusé ces sollicitations après avoir compris que les combats n'étaient pas liés à une attaque terroriste, mais opposaient des militaires du BSR-COS à la Garde présidentielle.

Le premier enjeu aurait donc été militaire : faire basculer suffisamment d'unités pour modifier le rapport de force à Niamey.

Puis apparaissent les contacts extérieurs

C'est ici que son témoignage devient particulièrement sensible.

Le capitaine affirme qu'un officier tchadien, le colonel Hassane Adoum, lui aurait annoncé qu'une intervention se préparait depuis le Tchad et aurait évoqué les autorités tchadiennes ainsi que des forces spéciales françaises.

Roger Gabriel affirme également avoir été contacté par des membres de la famille de l'ancien président Mohamed Bazoum.

Selon son récit, ses interlocuteurs lui auraient parlé de « partenaires » susceptibles d'intervenir en faveur des militaires tenant la Base 101.

Le Bénin, la Côte d'Ivoire et la France auraient alors été évoqués.

Plus troublant encore, le capitaine affirme avoir reçu des appels provenant de numéros attribués à la France, à la Belgique et à Dubaï, ainsi que plusieurs messages relatifs à un éventuel appui aux militaires engagés.

Il assure avoir transmis ces informations à sa hiérarchie.

Des communications qui posent question

Pris séparément, un appel provenant d'un numéro étranger ne prouve évidemment pas l'implication d'un État.

Mais si les communications décrites par Roger Gabriel sont authentifiées, leur chronologie pourrait devenir particulièrement importante.

Pourquoi autant d'interlocuteurs auraient-ils cherché à connaître la situation militaire exacte à Niamey pendant que les affrontements étaient encore en cours ?

Pourquoi certains auraient-ils parlé d'un possible soutien extérieur ?

Et surtout : comment certains interlocuteurs auraient-ils été informés aussi rapidement de la situation opérationnelle autour de la Base 101 ?

Ce sont ces questions qui devraient désormais intéresser les enquêteurs.

Le contrôle de la Base 101 n'était peut-être pas anodin

La Base aérienne 101 représente un site hautement stratégique.

Lors des événements, les mutins ont concentré une partie importante de leurs efforts sur cette installation, tandis que d'autres opérations visaient notamment le pouvoir politique et les moyens de communication.

Si l'hypothèse d'un soutien extérieur devait un jour être démontrée, le contrôle d'une infrastructure aéroportuaire pourrait prendre une importance considérable : arrivée éventuelle de renforts, logistique, évacuation, contrôle des mouvements aériens ou sécurisation d'un point d'entrée dans la capitale.

Mais en l'état actuel des informations publiques, aller plus loin reviendrait à transformer une hypothèse en certitude.

Une possible guerre des ralliements

Le témoignage de Roger Gabriel laisse surtout apparaître une mécanique classique des périodes de basculement militaire : chacun cherche à savoir qui contrôle quoi et quelles unités sont prêtes à rejoindre le mouvement.

Les mutins auraient cherché des renforts.

Des interlocuteurs extérieurs auraient, selon le capitaine, cherché à connaître l'évolution de la situation.

Pendant ce temps, les forces restées fidèles au pouvoir tentaient de reprendre les positions stratégiques.

La tentative a finalement échoué et la Base 101 a été reprise.

Mais les accusations doivent encore être démontrées

C'est ici qu'une distinction fondamentale s'impose.

Le témoignage du capitaine Roger Gabriel constitue une accusation et une source de pistes d'enquête, pas une démonstration définitive de l'implication des gouvernements cités.

Pour établir matériellement une coordination étrangère, il faudrait notamment pouvoir authentifier les numéros, les messages WhatsApp, l'identité réelle des interlocuteurs, les relevés téléphoniques et la chronologie exacte des communications.

Certaines des accusations formulées par Roger Gabriel sont d'ailleurs contestées.

Le Bénin a rejeté les accusations le concernant, tandis que d'autres observateurs ont publiquement mis en doute certains aspects du récit.

Une question reste donc entière

Les événements du 29 août sont-ils uniquement le résultat de profondes fractures au sein de l'armée nigérienne ?

Ou certains acteurs extérieurs étaient-ils prêts à profiter d'une rupture interne pour favoriser un changement de pouvoir ?

Pour l'instant, aucune preuve publique indépendante ne permet de trancher définitivement.

Mais si les communications décrites par le capitaine Roger Gabriel sont un jour authentifiées et reliées à des instructions opérationnelles, l'affaire changerait radicalement de dimension.

Elle ne concernerait alors plus seulement une tentative de coup d'État.

Elle poserait la question d'une éventuelle opération régionale et internationale autour de la chute du pouvoir de Niamey.

Et c'est peut-être dans les téléphones, les messages et la chronologie des appels de cette nuit du 28 au 29 août que se trouve désormais une partie de la vérité.